La Meilleure d'entre nous

La Meilleure d'entre nous

Sarah Vaughan

Préludes

  • 18 juin 2015

    2011, Angleterre. La chaîne de magasins Eaden organise un concours de pâtisserie afin d'élire la future madame Eaden celle qui dans les années 60 publia un livre de pâtisserie devenu une référence. Un livre composé bien entendu de recettes mais également de conseils afin que la lectrice s'élève au rang de l'épouse parfaite. Les cinq participants retenus devront se départager au cours d'épreuves pratiques. Claire la mère célibataire qui travaille comme caissière, la gourmande cinquantenaire Jennifer mariée et dont les filles ont pris leur indépendance, Vicki l'institutrice qui a mis son boulot entre parenthèses pour élever son petit garçon, Karen hautaine et distinguée et un homme, Mike, veuf et père de jeunes enfants. Tous s'affronteront sous l'oeil d'un jury.

    L'auteure nous immisce dans le concours mais surtout dans l'intimité de chacun des participants. Et tous n'ont pas une vie si parfaite. En parallèle, on découvre l’histoire de Kathleen Eaden. Celle dont tout le monde croyait qu'elle était heureuse montre elle-aussi des fêlures, des blessures non cicatrisées. Au fil des épreuves, les participants vont apprendre à se connaître mais aussi à faire un point sur eux-mêmes. Car participer à ce concours c'est bien entendu être reconnu pour ses talents mais pas que. Et gagner peut signifier plus que le prix mis en jeu.

    Les personnages sont très intéressants et la place de le femme au sein de la famille sous toutes des facettes est très bien décrite. Par contre, quand on sait que je n'aime pas cuisiner, on comprend facilement que les épreuves et les recettes ne m'ont pas spécialement emballée ( et même plutôt ennuyée). Mais il n'empêche que ce premier roman a de nombreuses qualités, il est assez addictif et l'auteure évite les écueils de la guimauve. Entre l'évolution des personnages et les tournants personnels opérés, j'ai apprécié cette lecture (avec une préférence pour le personnage Vicki).


  • 30 avril 2015

    Prozac ou chantilly ?

    Mieux vaut ne pas vous lancer dans ce roman si vous débutez un régime. Pendant plus de quatre cents pages, quatre femmes et un homme vont s’entraîner jour et nuit à cuire, dorer, pétrir inlassablement, et recommencer leur recette jusqu’à atteindre la perfection pour tenter de gagner le concours organisé par la maison Eaden. Cette marque est incarnée depuis des décennies par la femme du propriétaire, Kathleen, cuisinière et pâtissière hors pair et surtout auteur d’un best-seller publié pour la première fois en 1966, « L’art de la pâtisserie ». Pour remporter cette compétition, qui promet un joli chèque et un emploi dans l’entreprise, il faut savoir réinterpréter les gâteaux les plus emblématiques de Kathleen Eaden. Ce qui pourrait n’être qu’une sorte de « top chef » à la sauce britannique, se transforme en roman grâce au savoir-faire de Sarah Vaughan, dont c’est le premier livre. Car chaque participant a une raison bien particulière d’entrer dans la danse: revanche sur la vie, prouver à son mari que les vingt kilos pris ces dernières années ne l’ont pas été en vain, rembourser les prêts étudiants de ses enfants, combattre son anorexie ou sortir de son quotidien tout simplement. Le jeu qui se déroule sur plusieurs semaines comporte différentes étapes, dont les vainqueurs se retrouvent sur youtube et se métamorphosent en star d’un jour. Sarah Vaughan avec un art consommé de la narration raconte l’histoire de la mythique Mrs Eaden, et débusque derrière l’image idyllique la réalité, tout en suivant les candidats, qui trouvent un exutoire dans la pâtisserie à leurs déboires conjugaux et familiaux. Les gâteaux comme anti-dépresseurs ? Excellente idée !

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  • 10 mars 2015

    "les gâteaux rendent notre existence meilleure"...

    Après avoir cassé le symbole de l'encyclopédie sur pattes, je vais écorcher davantage encore la légende ! Je ne suis pas qu'un pur esprit qui se nourrit de littérature mais une gourmande qui regarde avec une attention religieuse (raillée par ma fille aînée) l'émission "le Meilleur Pâtissier". Ce concours nous fait découvrir de nouvelles recettes et au fil des semaines ,le spectateur voit se dévoiler la personnalité des candidats.


    Sarah Vaughan imagine dans son roman un concours dont l'objectif est d'élire la nouvelle Kathleen Eaden. Cette femme a fait paraître en 1966 un livre "L'Art de la pâtisserie", rapidement devenue la Bible de nombreuses cuisinières. Le style qui peut sembler suranné remplit pourtant d'aise les cinq candidats en lice : quatre femmes et un homme (grand oublié de la quatrième de couverture). Tous admirent l'auteur, icone parfaite qui allie classe, taille de guêpe et une vie ressemblant à un conte de fée.

    Les épreuves vont se dérouler pendant l'hiver et le printemps 2012. Les "impétrants" doivent réaliser les grands classiques de Madame Eaden et de nombreux débuts de chapitre rappellent ceux-ci par des extraits du livre de cuisine : "une maison en pain d'épices est la version comestible d'une maison de poupée : un monde né de l'imagination d'une pâtissière- et réalisé grâce à un peu de sucre, d'épices, d'oeufs, de farine et de beurre... C'est, ou cela peut être la maison idéale".

    Le lecteur découvre peu à peu chacun des candidats, Sarah Vaughan nous plonge dans leur quotidien et nous amène à comprendre les raison de leur inscription à ce challenge. Jenny, la cinquantaine, voit ses filles quitter la maison pour leurs études dans le supérieur, son mari se jeter à corps perdu dans la course à pied comme pour nier les traces du temps qui passe. Elle voit dans ce concours un moyen de sortir de sa cuisine, de sa vie qui tournait autour du bien-être de sa famille. Vicky, jeune mère au foyer, a laissé de côté son métier d'institutrice pour s'occuper de son fils Alfie, trois ans. Elle ose à peine s'avouer que ce rôle lui pèse et cette échappée culinaire lui offre la bouffée d'oxygène dont elle a besoin. Claire, caissière au supermarché Eaden, élève seule Chloé, neuf ans et rêve de gagner le concours pour la prime qui lui permettrait d'offrir une vie meilleure à sa fille. Mike, jeune veuf, père de deux jeunes enfants, cherche sans doute à se prouver qu'il peut être, en plus d'un père, une "mère nourricière". La dernière candidate Karen, sans doute le personnage le plus intéressant,est celle qui se rapproche le plus de Kathleen Eaden : beauté parfaite et froide, peu encline aux confidences.

    Les épreuves se déroulent au manoir de Bradley Hall, ancienne demeure de la cuisinière hors paire et les candidats loin de leurs proches se surpassent dans la préparation de brioches, tourtes, mignardises et autres délices sucrés. Dans ce tourbillon de farine et de sucre, des sentiments s'exaspèrent, des amitiés se nouent, des amours se font ou se défont, et les pages de ce succulent mille-feuille littéraire se dévorent avec délectation. Les personnages sont entièrement crédibles, leurs histoires attachantes et il est difficile de se détacher de ce roman. A la fin du récit, seul un candidat sera récompensé mais tous auront mis au clair leur situation personnelle.

    Après "Un parfum d'herbe coupée" de Nicolas Delesalle, les éditions Préludes nous offrent un nouveau roman, résolument contemporain mais qui explore avec intelligence les relations toujours complexes que nous entretenons avec notre famille , et cette notion tellement prégnante dans notre société qu'il faut tendre sans arrêt à la perfection dans tous les domaines.

    Une excellente lecture !