Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Noël Sisinni

Jigal

17,50
par
28 juin 2022

Étrange roman noir dans lequel le héros retourne à la vie sauvage, et qui m'a rappelé à certains égards Le lièvre de Vatanen de Arto Paasilinna. On pourrait le qualifier de roman naturaliste à double titre, d'une part parce qu'il est très réaliste, descriptif, presque journalistique dans sa manière de décrire les personnages, leurs caractéristiques physiques et psychiques et leurs activités : phrases courtes, directes, sans effets. Et d'autre part parce que la nature y est omniprésente, la faune, la flore, elles-mêmes simplement décrites, l'imagination du lecteur faisant le reste. Puis il y a ce changement de Richard et ce roman dans le roman qu'il écrit et qui s'intitule instants sauvages : "J'ai senti l'odeur de l'homme comme si j'étais moi-même un animal. C'est à cet instant que j'ai réalisé que je venais d'entrer dans une autre dimension... J'étais devenu un animal. Désormais je fais enfin partie de cet état sauvage que j'ai toujours recherché." (p.76/77)

Si entrer dans le roman fut un peu compliqué, tant Richard est décalé, étrange et pas aisé à suivre dans son raisonnement, la suite coule simplement, on se laisse gagner par le rythme, par le comportement de Richard et l'enquête des gendarmes. Une sorte de fascination pour ce monde où hommes et nature se toisent, se respectent -même si certains éleveurs et chasseurs et même un braconnier apportent leur vision particulière du respect de la nature- se met en place. Une question intéressante sur la place de l'homme dans la nature, sur l'indispensable respect d'icelle et même sa protection.

Un roman pas banal par son environnement, son contexte et ses personnages hors normes. Bref, du très bon ! Et en prime, quelques références à Desproges (p.53) et Bashung (p.102), donc excellent.

Gregory Laignel

Éditions Ouest-France

9,90
par
28 juin 2022

Très bien vu ce polar, malgré une fin un peu longue à force de redites. Double huis-clos, d'abord dans Ouessant coupée du monde, puis dans la mairie, même si les conseillers en sortent pour chercher des indices ou des témoignages, ils restent quasiment toujours entre eux. Les réticences des uns sont balayées par les circonstances : "​À cause de la tempête, le tueur ne peut pas quitter Ouessant. Il reste sur l'île, parmi nous, sans qu'on ne connaisse ni son identité ni ses intentions. Peut-être qu'il compte tuer d'autres personnes. Il est donc de notre devoir d'essayer de le trouver avant qu'il y ait une autre hécatombe." (p. 79)

Et cette équipe de néophytes de se mettre en ordre de bataille, de sortir dans les conditions dantesques pour trouver de quoi arrêter celui qui sème des cadavres derrière lui. Ce qui est bien, c'est que différents types de caractères sont représentés : le lourd aux blagues graveleuses, le taiseux, le coincé hésitant, la vigie de l'île, la garde-champêtre amoureuse du maire qui, lui-même tente de canaliser les initiatives pour qu'elles restent légales ; il est aussi la narrateur, celui qui raconte cette drôle de nuit ouessantine. Il y a donc les oppositions, notamment celle de l'opposant principal du maire et candidat malchanceux aux élections précédentes qui ne rate jamais l'occasion de taper sur son rival, mais aussi des petites rancœurs, des jalousies, des frustrations que Carla exacerbe.

Très bon polar, original aux décors et aux personnages tourmentés, à la tension permanente qui monte qui monte et à l'intrigue qui tient jusqu'au bout.

Mata nu wawa

Syaman Rapongan

Asiathèque

22,50
par
28 juin 2022

Syaman Rapongan est Tao, l'ethnie qui vit sur l'île des Orchidées dans l'archipel de Taiwan, une petite île volcanique de 45 km2, colonisée par le Japon, puis par la Chine. Il fut l'un des premiers à pouvoir partir sur la grande île Taiwan pour étudier. Anthropologue, pêcheur, traducteur, écrivain, navigateur, il revient sur son île natale pour y réapprendre la langue et les coutumes, écrire et témoigner de sa richesse.

C'est un livre classé roman autobiographique, dans lequel l'auteur peut, j'imagine, mettre une grande partie de sa vie et broder un peu sur d'autres aspects. Il alterne ou plutôt entremêle les légendes, les histoires de démons issues des traditions des Taos, les coutumes à des faits beaucoup plus terre-à-terre. C'est parfois un peu long, mais toujours très fort et instructif. C'est fort, parce qu'il raconte ce qu'il a vu et vécu, notamment dans la colonisation et le besoin des occupants d'annihiler les traditions et la langue des autochtones. Et ce prêtre qui veut se mêler des rituels locaux remis sèchement en place par l'un des hommes tao. "Le prêtre fit semblant d'admettre notre ignorance de "primitifs" face à la religion occidentale. Il resta silencieux ; sans opposer de résistance, il retint ses paroles et ne s'avisa plus de diriger les prières. [...] Il en est ainsi de chaque peuple, de sa conception du monde, et du "Dieu" qui lui est propre. Les "prêtres" venus d'Occident ont amené avec eux leur Dieu pour coloniser ceux des autres peuples. C'est une réalité dans l'histoire depuis 1492 et les Amériques : Bible et canons s'imposent avec violence, un nom de la parole divine." (p.48)

Puis vient le temps de quitter l'île pour étudier, bouleversement totale, il faudra se faire à la langue chinoise, passer outre les brimades, les injures reçues en tant qu'aborigène, prouver sa valeur par de l'achernement, du travail, oser ne pas forcément emprunter la voie par d'autres choisie...

Une vie pas banale, pas simple, assez simplement racontée, qui permet de mieux connaître l'histoire, la géographie, la politique de l'archipel et les hommes et femmes très différents qui le composent, qui luttent contre l'uniformisation.

Sylvia HANSEL

Intervalles

14,00
par
28 juin 2022

J'aime bien Sylvia Hansel qui a déjà publié chez Intervalles : Les adultes n'existent pas et Cannonball, l'adolescence n'est pas une chanson douce, que j'ai lus et appréciés. J'aime bien son écriture, son ton très personnel, mi-tragique mi-comique et toujours musical, plutôt rock n'roll et un peu folk aussi cette fois-ci. Même les moments les plus durs sont empreints d'une certaine drôlerie, d'un décalage qui les rend non point moins tragiques mais plus humains, plus réels. "Mieux vaut rire que pleurer" dit un proverbe ou encore "Rire c'est se préserver" selon Charlie Chaplin, deux adages que l'autrice a fait siens et qui ressortent de ces livres.

"Ayant atteint notre quart de siècle, nous étions fort occupées à être libres. Joyeusement célibataires, nous courions les calbuts comme les mecs courent les jupons, sautant d'une aventure à l'autre, piquant des fous rires en nous racontant ensuite les détails devant une bière. Je venais d'ailleurs de narrer à Juliette et Clem mes déboires avec mon dernier coup d'un soir : une catastrophe, le type me faisait prendre une nouvelle position toutes les deux minutes chrono, se regardait la bite en me pénétrant et n'en finissait pas, ça s'éternisait pire qu'un solo de Joe Satriani, j'avais peur de ne pas arriver à temps au Franprix pour acheter un sac de litière pour le chat avant la fermeture, avec toutes ces conneries." (p.11)

Ce court Bulle de savon met en scène une femme qui se croyait à l'abri de la dépendance à l'autre, libre, entourée, joyeuse. Sylvia Hansel, en peu de pages et de mots, montre comment il est aisé de se retrouver au plus mal, de sombrer et combien il est ardu de remonter la pente. Seule, c'est mission impossible, c'est l'entourage qui aide à la prise de conscience et au détachement.

Prix du Masque de l'année français

Le Masque

8,50
par
28 juin 2022

Deuxième tome des aventures du notaire, de sa grand-mère et de Nadget ex-journaliste devenue instragrameuse-influenceuse et qui va, elle aussi, reprendre du service au sein du commando ultra-secret. Et le moins que je puisse écrire, c'est que cette aventure ne sera pas de tout repos. Après l'excellent Minuit dans le jardin du manoir, JC Portes place cette fois-ci son groupe dans les arcanes de la Françafrique, tout cela autour d'un masque sacré censé donner le pouvoir à qui l'arbore. Les coups par dessous, les manipulations, chantages, extorsions, enlèvements, séquestrations, empoisonnement se suivent et s'enchaînent à un rythme qui ne laisse que peu de répit. Le Groupe du Manoir est omniprésent, Denis et Colette en tête, mais aussi Nadget qui prend des risques au grand dam de Denis, très amoureux-qui-n'ose-pas-se-dévoiler, sans oublier les deux octogénaires Momo le geek et Raoul, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas ne fait pas dans la diplomatie, mais travaille davantage dans la férocité, à coup de lattes.

Tout cela pour dire que c'est un livre vachement bien, qu'il est drôle, très rythmé, qu'il met en scène des méchants très méchants et des gentils pas toujours très gentils, un Denis un peu naïf et très amoureux mais qui est efficace au bon moment, une Colette inénarrable, une petite bonne femme qui régente tout le monde et ne s'en laisse pas compter. Ne boudons pas notre plaisir, l'actualité n'est pas vraiment rose, alors changeons-nous les idées quelques instants, ce roman et si je puis donner un conseil, les deux premiers tomes de la série, sont d'excellent exutoires à la morosité ambiante.